Carmel de la Trinité
Metz-
Plappeville
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Seigneur, tout notre mal vient de ce que nous ne gardons pas les yeux fixés sur Vous !(Ste Thérèse d'Avila-Chemin 16,11)

St.Paul.JPGQuand Saint Paul instruit Bse Elisabeth de la Trinité

IV  Paroles de St Paul au fil de la vie de Bse Élisabeth de la Trinité

L’essentiel de cet apport est tiré des articles du Père D. Marion dans les revues “Carmel” 1981 déjà citées.

 Noviciat :

« C’est juste avant sa prise d’habit, début déc. 1901 qu’apparaît Ga 2, 20 :
“Demandez-Lui que je ne vive plus, mais que Lui vive en moi ”(L 99)
Le texte était, bien sûr, connu d’elle auparavant, mais il « sort »
quand elle se sent concernée par lui dans sa chair.
Il devient pour elle l’expression de l’union sponsale du Christ et de sa petite fiancée :


“ C’est en mon âme que s’opère
Le grand, le sublime mystère,
La nouvelle incarnation !
Je ne vis plus, Il vit en moi.
Oh ! c’est déjà le face à face,
La vision que rien n’efface
A travers l’ombre de la foi.”
(P 75 Noël 1901)


Ce texte l’habitera encore en janvier, en février 1902. (L 105, L 107)
La citation connaît une recrudescence à l’approche de sa profession, fin décembre 1902 : L 150 et 151.
C’est cette phrase qu’elle fera graver sur son crucifix de profession. »elisabeth de la trinit  novice.jpg


Jeune professe :

« A cette époque Élisabeth écrit à l’Abbé Chevignard :“J’envisage aussi ma vie de carmélite sous cette double vocation : “vierge-mère”.
Vierge : épousée en la foi par le Christ ; mère : sauvant les âmes, multipliant les adoptés du Père, les cohéritiers de Jésus-Christ.”(L 199)
Durant ces 22 mois, l’Écriture est un peu plus citée. St Jean l’emporte encore sur St Paul. Ce sont toujours les mêmes textes de Jean, surtout le discours après la Cène, mais un nouveau texte apparaît le 20 sept. 1903 : Dieu est Amour ; “Celui qui nous habite et qui est charité”. Ce texte reviendra 28 fois jusqu’à sa mort. Jean est pour elle le messager de l’amour, de la demeure de Dieu, de la cité céleste. C’est aussi la voix du Maître.
Mais de plus en plus, c’est chez St Paul qu’Élisabeth va découvrir le langage qui exprime le mieux ce qu’elle vit et veut vivre. Ce qui l’attire, c’est peut-être ce côté “tout ou rien” chez St Paul, ce côté intrépide, “risque tout”, ce rien d’excès !
Dès le 15 février 1903, un mois après sa profession, apparaît pour la première fois dans ses lettres le texte d’Ep 2, 4 : “à cause de son trop grand amour”. C’est le texte qu’elle citera le plus : 35 fois. “Il nous a trop aimés, comme dit St Paul, alors on a soif de lui rendre amour pour amour” (L 156, L 177)
Dans cette même lettre, elle “découvre” aussi la deuxième partie de Ga 2, 20 :
“Il m’a aimé et s’est livré pour moi ”.
priere_laudes.jpgElle reprendra très souvent cette citation 15 car elle fonde l’impérieuse exigence de réciprocité d’amour qu’elle ressent en elle. (…) Alors s’invite avec force l’Épître aux Éphésiens, celle du “trop grand amour”. Dans sa lettre du 25 janvier 1904 à l’Abbé Chevignard, on sent qu’elle a trouvé dans cette Épître sa terre d’élection. Elle s’y est trouvée elle-même et peut pour la première fois condenser en une formule toute sa vocation. Elle part de Ep 2, 4 : “Sa charité, sa trop grande charité pour employer encore le langage du grand apôtre, voilà ma vision sur la terre. Monsieur l’Abbé, comprendrons-nous jamais combien nous sommes aimés ? Il me semble que c’est bien là la science des saints. St Paul, dans ses magnifiques épîtres, ne prêche pas autre chose que ce mystère de la charité du Christ” ; et elle cite in extenso Ep 3, 16-19 sur la longueur, la largeur, la hauteur, la profondeur. (…)“Unissons-nous pour Lui faire tout oublier à force d’amour et soyons, comme dit St Paul, “la louange de sa gloire”. (L191)
“Louange de sa gloire”
Élisabeth avait lu l’expression sur une image qu’elle gardait depuis 1901, mais, cette fois, elle la fait sienne. Et cela deviendra comme son nouveau nom pour l’éternité.” »

[ St Paul serait-il un éveilleur de vocation propre ?
Car pour Élisabeth et Petite Thérèse, c’est dans les écrits de St Paul qu’elles ont trouvé leur vocation propre personnelle, le “nom nouveau ” qui sera écrit sur leur petit caillou blanc. Pour Thérèse : “dans le cœur de l’Église je serais l’amour” a été découvert en lisant ICo 12, 13 et pour Élisabeth : “Laudem gloriae ! J’ai lu cela dans St Paul et j’ai compris que c’était ma vocation dans l’exil en attendant le Sanctus éternel. ”(L 256) Elle a donc trouvé son nom nouveau en Éphésiens 1, 12. St Paul aurait-il une grâce particulière en ce sens ? ]

Note : « On peut se demander si cet enracinement dans l’épître aux Éphésiens n’a pas été favorisé chez Élisabeth par la méditation de la première encyclique du nouveau Pape, S.Pie X, publiée le 4 octobre 1903 sous le titre « instaurer toutes choses dans le Christ. » (cf. Eph 1, 10) Élisabeth composera en juin 1904 une poésie (P 89) sur cette Encyclique, où abonderont les citations d’Éphésiens et de Colossiens. »


La maturité : 21 novembre 1904 à mars 1906

C’est la période où elle écrira sa prière “Ô mon Dieu, Trinité que j’adore”

Dans la poésie 93 de juillet 1905 elle écrit “Vraiment tu n’es plus toi et tu deviens lui-même
A tout moment a lieu la transformation”elisabeth_trinite.JPG
Nous retrouvons ici le verset gravé sur son crucifix de profession,
qui continue de faire son œuvre en elle.

« Pendant cette période, la santé d’Élisabeth commence à se détériorer sérieusement.
Au printemps 1905, elle est dispensée de certaines observances de la règle. En août elle quitte son office de portière. Elle apprend dans sa chair ce que sont “toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances” (NI 15) Fin mars 1906, elle entre à l’infirmerie où elle vivra désormais.

Cette fois, c’est l’année St Paul. Elle citera Jean 56 fois, mais Paul 134 fois. Sans aucun doute, c’est son expérience personnelle de souffrance et de faiblesse physique qui explique cet attrait, et aussi l’intelligence plus aiguë qu’elle a des textes. (…)

La mort physique agit déjà en elle et St Paul lui fournit les expressions qui donnent un sens dans la foi à cette épreuve.

Il est bien évident que si elle cite davantage l’Écriture, c’est aussi parce qu’elle a désormais davantage de temps pour lire. Alors elle se plonge dans son “Gaume” et étudie sérieusement les épîtres. Vers la fin de 1905, elle se fait plusieurs listes où elle note les passages de Paul qui l’éclairent le plus.
Paul est plus que jamais son maître et son ami. Les expressions de sa vénération pour lui deviennent innombrables. Les citations explicites abondent dans 30 des 42 lettres de cette période. La pensée de Paul l’habite et habille ses propres pensées.

Dans le contexte de sa maladie, les citations dominantes sont éloquentes. Je me limite ici à celles de Paul.
On voit apparaître tout ce qui concerne le dessein éternel de Dieu sur nous avant tous les siècles. Cela conforte le courage et l’espérance de la malade.
- mars 1905 : Col 1, 12 « L’héritage des saints dans la lumière » (L 224)
- 22 avril 1905 : Eph 1, 4 « il nous a élus dès avant la création du monde, selon son décret,
pour son héritage de gloire » (L 227)
- 4 juin 1905 : Rm 8, 29-30 « prédestinés à être conformes à l’image de son Fils »
(crucifié !) (L 231)
Quand la maladie la presse, les textes sur la Passion et la mort se font plus nombreux :
- 5 janvier 1905 : 2Co 12, 9-10 « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (L 220)
- 1er août 1905 : Ph 3, 20 « Notre vie est dans les cieux » (L 235)
- janvier 1906 : Col 1, 24 « Je complète en ma chair ce qui manque à la Passion du
Christ » (L 259)

ave_crux.JPGPassion et mort : d’avril au 9 novembre 1906

« Elle écrit beaucoup : 76 lettres en 7 mois et ses quatre Traités spirituels d’août à octobre.

De plus en plus, Élisabeth est pleine de St Jean et St Paul. En 7 mois, elle citera Paul 230 fois et Jean 100 fois. Il y a peu de textes vraiment nouveaux, sinon les textes de la Passion selon St Jean et les scènes de la Jérusalem céleste de l’Apocalypse. On peut signaler aussi le texte de Col 2, 6-7 : “ Marchez en Jésus-Christ, enracinée, édifiée, affermie en lui dans l’action de grâces.”(DR 32) Sinon tous les textes déjà découverts sont repris, orchestrés, approfondis, avec la note propre que donne l’approche de la mort.
Un bel exemple est le verset de Rom 8, 29 qu’elle partage dans une lettre d’a-Dieu à Germaine de Gemeaux (L 324 du 10 oct. 1906)
“Si vous saviez le bonheur ineffable que goûte mon âme, en pensant que le Père m’a prédestinée pour être conforme à son Fils crucifié…
C’est St Paul qui nous fait part de cette élection divine qui semble être mon partage ! …”


15.   L 194 ; L 214 ; L 250 ; L 252 ; L 278 ; L 291 ; GV 11

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